dimanche 31 mars 2013

Evénement "Mon premier voyage en Russie" organisé par le blog russie.fr

Cet article participe à l’événement inter-blogueurs « Bloguer Russie » organisé par le blog « Russie.fr ».Vous trouverez ici la présentation de l’événement pour cette première édition : « Mon premier voyage en Russie » ou « Mon premier voyage en France ». (Cliquez sur les liens pour accéder au blog et à l'événement)




            Voilà maintenant 19 mois que je vis en Russie, à Pyatigorsk, dans le Caucase du Nord et que j’y travaille comme assistant de français à l’université linguistique de cette ville de 140 000 habitants. Je me souviens très bien de mes premiers jours ici et du regard que j’ai porté sur ce pays. Cela faisait déjà  quelques années que je m'intéresse à la Russie, tout ça à cause de mon nom de famille en -off (Imhoff), germanique mais russe pour les gens car en -off et de quelques rencontres! L'idée de venir en Russie pour travailler m'est venue après un voyage aux USA. En effet, j'avais décidé de voyager l'été après la fin de mes études en 2010 et je suis resté presque deux mois au pays de l'oncle Sam. Mon oncle étant professeur de Français dans une université, j'ai participé aux cours d'été et ça m'a bien plu! Alors en rentrant en France sans avoir calmé ma soif de voyage, j'ai pris la décision de tout faire pour venir enseigner en Russie, ce pays que je voyais comme un ensemble d'immeubles géométriques délabrés mais aussi comme un espace vaste et sans limites sous la neige et le froid. Enfin.... nos stéréotypes français quoi! Ce qui m'intéressait n'était pas le tourisme parce que j'avais compris aux USA que seule l'immersion totale permet de comprendre les choses.


  •              Première nuit à Moscou

Après un vol à départ de Francfort (c’est plus commode quand on habite dans l’est de la France), je suis arrivé le premier dimanche de septembre 2011, le soir, à Moscou. L’aéroport, Sheremetyevo, était très moderne, trop moderne par rapport à l’image que j’avais de ce pays je dirai, et les douaniers étaient aussi froids que leur climat. Des amis moscovites que j’avais connus sur Internet puis en Allemagne étaient venus me chercher pour me loger la nuit. Pendant le trajet vers leur appartement dans la banlieue de Moscou, j’ai été surpris par la densité du trafic sur l’autoroute et le nombre d’accidents rencontrés en 1 heure. Et aussi par le fait qu’on laissait l’accident en l’état ce qui créait forcément des bouchons. Sans ceinture de sécurité, doublant par la droite, avec une omniprésence de la police de la route, la conduite russe me donnait  l’impression d’être un jeu dangereux pour un Français éduqué dans nos strictes règles de sécurité routière. Les voitures assez vieilles ou mal entretenues contrastent déjà un peu avec l’aéroport. Un autre voyage à Moscou confirmera cette idée, que plus on s’éloigne de l’aéroport, plus on entre en Russie. Après un repas généreux, j’ai été surpris que les parents me laissent seul avec mon amie pour aller dormir dans la famille. L’appartement était en travaux et ils ont préféré me laisser le canapé tandis qu’une travailleuse ukrainienne dormait dans la chambre en travaux. Je me sentais un peu gêné de cette hospitalité. 


  • Bienvenue dans le Caucase!

Le lendemain, les parents m’ont emmené à l’aéroport de Vnukovo. L’aéroport était tout neuf mais presque totalement vide. J’avais une petite appréhension car l’avion devait être un Yakovlev et sans doute un peu victime de l’idée que les avions russes n’étaient pas fiables, j’étais un peu angoissé et à la fois excité par cette aventure. Mais heureusement ou malheureusement, nous avons embarqué sur un Airbus.

L’avion a commencé à descendre sur Mineralnye Vody et j’ai commencé à être très enthousiaste ! L’aventure dans le Caucase commençait enfin ! Les Français ignorent ou ont peur de ce Caucase, que l’on connait surtout grâce à la guerre de Tchétchénie. J’avais fait le minimum de recherches sur ma destination pour me donner cette impression de sauter dans le vide sans savoir sur quoi j’allais tomber. Sur la piste, le contraste était saisissant avec Moscou. C’est très petit, de vieux engins s’activaient sur la piste. Le terminal d’arrivée était composé d’un petit couloir entre deux pièces avec des tapis roulants. Personne ne semblait parler anglais et les chauffeurs de taxis indépendants s’activaient à la sortie pour trouver des clients. Une femme de l’Université m’attendait dehors avec une petite affiche « Benjamin Imhoff ». Il faisait terriblement chaud ! Le minibus de l’université nous conduisit à Pyatigorsk.  A ma grande surprise, un McDonalds se tenait juste en face du bâtiment principal de l’Université ! Jusqu’au fin fond de la Russie, Ronald était là ! Un gardien et des « babushkas » contrôlaient l’entrée du foyer en regardant la télé, on me montra ma chambre, toute neuve. Finalement, j’y étais ! Après une année d’attente au chaud en Master de sociologie, j’ai finalement eu ce poste en Russie ! Tout est parfait sauf la fenêtre, mal isolée, qui offre une splendide vue sur les poubelles.


  • Une ville "cliché" de l'URSS... mais pas trop

Pyatigorsk, ville "made in URSS"
Et puis a commencé mon entrée dans ce monde universitaire bien particulier. Au service des étrangers, en commençant les procédures administratives et on me présenta un jeune prof de français de 26 ans, Oleg, un ossète (j'en ai profité pour apprendre ce mot) qui devait s’occuper de moi. Deuxième jour à Pyatigorsk. Examens médicaux à la polyclinique, vieille et moderne à la fois, très simplifiés, du genre : « Avez-vous mal parfois à l’estomac ? Non, très bien, je mets le tampon sur la feuille ». Quelques tampons plus tard, je fis encore des examens sanguins et me retrouvai en compagnie de travailleurs migrants venus d’Asie centrale, qui semblaient très pauvres et pas très aimés de la population locale comme me le fit remarquer Oleg. Il faisait toujours aussi beau et chaud. Je me sentais dans une vraie ville « made in URSS ». Les immeubles sans style, dont les parties communes me semblaient pourries mais les appartements chaleureux, les Ladas étaient partout et un vieux tramway circulait lentement sous le contrôle d’une grande statue de Lénine. Dans la rue et à la faculté, je compris assez vite qu’on était loin du stéréotype des blonds sibériens et que le Caucase était multiethnique et c’était vraiment un choc pour moi d’apprendre l’existence de tous ces peuples, même si la majorité restait russe. Je fus également surpris par l’élégance des femmes, qui ne sortent jamais sans un quota minimum de maquillage et sans une tenue les mettant en valeur. Et il faut bien avouer que c’est fort appréciable et chaque occidental qui est venu ici vous le confirmera, ainsi qui les règles très strictes encadrant les relations. Dans la rue, personne ne comprenait le français alors avec mon acolyte ossète, on a eu une liberté totale de parole…. Et c’était super!
Lénine surveillant la cité


  • Un étranger dans la rue qui veut tout faire, tout voir
La fac de français m’a aussi réservé quelques surprises. Située à 30 minutes du bâtiment principal, j’ai vraiment été  formidablement accueilli. Et cela va continuer les jours suivants, où je vais comprendre qu’un Occidental était quelqu'un d’assez rare et précieux dans la région. Merci l’impérialisme culturel !! On voulait me parler, m’inviter et c’était formidable! Dans les magasins, au marché, on demandait souvent quelle était ma nationalité. Je suis un plein roman de L. F. Céline, quand dans « Voyage au bout de la nuit », il dit que cette phrase qui correspond tout à fait à mes premières impressions : « C’est bon les villes inconnues : c’est le moment et l’endroit où on peut supposer que tous les gens qu’on rencontre sont tous gentils. C’est le moment du rêve ». A cette époque, j’étais dans une sorte de naïveté, une méconnaissance de tous les problèmes qu’il pouvait y avoir. Mais les choses ont bien changé maintenant!

Le Jour de la ville
J’ai continué à découvrir la ville sous cet automne ensoleillé et chaud. Quand on me fit visiter la ville, je me suis senti totalement stupide de ne pas connaître Lermontov, ce poète mort dans cette ville et dont ils sont si fiers. Et je dévorais avec plaisir les kilomètres pour découvrir mon nouveau terrain de jeu, les montagnes, avec mes premiers amis et étudiants, voulant tout savoir, tout voir et tout manger, notamment lors du "Jour de la ville"organisé le premier weekend après mon arrivée, où les différentes communautés avaient un stand présentant leur culture et leur gastronomie. Je compris assez vite les problèmes sociaux en voyant des personnes pauvres et cet écart de richesse grâce aux voitures (voir rouler côte à côte des vieilles voitures et des Mercedes, Porsche dernier cri), aux habits, comme s’il y avait deux Russies. 
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  • On est bien à la fac
La faculté devint un endroit de plaisir pour moi avec cette ambiance maison, cette proximité avec les étudiants. Cela n’était pas possible dans les facultés françaises avec leurs amphithéâtres surchargés. Ici, mes groupes étaient composés au maximum de 10 étudiants. Et la France fait rêver !!! C’est une impression étrange de vivre dans un pays qui n’intéresse pas mes compatriotes en général, si ce n’est pour s’acharner sur Poutine ou pour quelques blagues alors qu’au final, les gens ici adorent la France pour sa culture et l’idée qu’on y vit bien. 

Peut-être pour finir, la chose qui m’a le plus marquée au début, c’est la proportion des jeunes filles à penser au mariage et à la vie de couple sérieuse! Combien de fois on m’a demandé si j’étais déjà marié, avec des enfants, en couple et surtout si j’étais venu ici pour chercher ma bien-aimée ! Un peu surpris par la vitesse à laquelle on peut parfois se marier ici, en quelques mois, je répondais timidement : « je ne sais pas, on verra… ». Un contraste tout à fait saisissant avec la vie étudiante française !!


B. Imhoff


3 commentaires:

  1. J'espère que ce n'est pas le dernier article sur tes propres impressions de la vie en Russie. C'est une bonne introduction, et je pense qu'il y a encore beaucoup à raconter. Bonne chance alors!:)

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  2. Bonsoir, article très intéressant pour un étudiant qui, comme moi, partira à Piatigorsk en septembre prochain. J'aimerai d'ailleurs te poser quelques questions à propos de la fac, si jamais tu acceptes, voilà mon mail : musebox3@gmail.com

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  3. Ton article me donne un bon aperçu de Piatigorsk, je me suis promis qu'au moment de ma deuxième ou troisième année de LLCE russe, j'irais y faire un semestre.
    Merci d'avoir partagé ça!
    bonne continuation

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